Réflexions sur les coefficients multinômiaux

Voici une façon d'enseigner ce que sont les coefficients binômiaux, et leur généralisation les coefficients multinômiaux, et dont je me demande si elle ne serait pas plus parlante/pédagogique car visuelle.

Coefficients binômiaux

Soit une ville organisée selon un plan hippodaméen (= quadrillé, orthogonal) où tous les pâtés de maison sont identiques (carrés) et constituent des obstacles non traversables. Un piéton situé à l'intersection \( (0,0) \) souhaite se rendre à l'intersection \( (a, b) \) (où \( a \) et \( b \) sont deux nombres entiers positifs). Combien ce piéton a-t-il de chemins optimaux (= les plus courts possibles) équivalents à sa disposition ?

Exemple : \( a=3, b=2 \)

(0,0) départ 🧍 (3,2) arrivée

Il est clair qu'un chemin optimal consiste en exactement \( a + b \) déplacements (d'une unité de longueur chacun, celle d'un côté de pâté de maison) dont \( a \) déplacements "horizontaux" et \( b \) déplacements "verticaux". Cependant, le piéton est libre quant à l'ordre dans lequel il effectue ces déplacements. Schématiquement, on peut lister :

D'ailleurs, si on note 0 le fait de choisir un déplacement horizontal, 1 celui de choisir un déplacement vertical, alors on peut étiqueter ces schémas par les mots binaires comportant \( a \) zéros et \( b \) uns, comme suit :


		   00011             00101             00110             01001             01010             01100             10001             10010             10100             11000     
		

En termes mathématiques, il y a "\( a \) parmi \( (a+b) \)" chemins possibles -- ou ce qui revient au même, "\( b \) parmi \( (a+b) \)" chemins possibles --, ce qui en notation de coefficients binômiaux s'écrit :

\[ \bbox[white, border: 2px solid black]{ \binom{a+b}{a} = \frac{(a+b)!}{a! b!} = \binom{a+b}{b} } \]

Dans notre exemple :

\[ \binom{3+2}{3} = \binom{3+2}{2} = \frac{5!}{3! 2!} = 10\]

Nota Bene : usuellement les coefficients binômiaux sont définis comme suit : "k parmi n", noté

\[ \binom{n}{k} \]

est le nombre de sous-ensembles à \( k \) éléments d'un ensemble à \( n \) éléments. Et il vaut :

\[ \binom{n}{k} = \frac{n!}{k! (n-k)!} \]

Nous parlons donc bien de la même chose, seules diffèrent légèrement les variables utilisées ; en gros pour fixer les idées :

\[ n = a + b \] \[ k = a \] \[ n-k = b \]

Selon moi la notation usuelle est un [petit] frein à la généralisation, car le fait que \( k \) et \( n-k \) jouent le même rôle au fond, est [légèrement] masqué. Pour se convaincre dans cette notation qu'ils jouent le même rôle, d'une certaine manière, il faut garder à l'esprit que :

\[ n-(n-k) = k \]

Tandis qu'avec une notation en \( a \) et \( b \), la symétrie des rôles de \( a \) et de \( b \) est limpide. En contrepartie, on complique l'écriture de \( n \).

Coefficients trinômiaux

Soit une ville extra-terrestre en 3 dimensions dans laquelle le réseau routier est constitué de 3 familles de droites :

Le reste de l'espace est considéré être un obstacle infranchissable (soit dit en passant : ainsi, l'obstacle en 3D est connexe, ce qu'il n'était pas en 2D). Un piéton extra-terrestre, situé en \( (0,0,0) \), souhaite se rendre en \( (a, b, c) \). Combien a-t-il de chemins optimaux à sa disposition ?

Exemple : \( a=1, b=3, c=2 \)

La réponse n'est pas tellement différente de celle en 2D ! Il est clair qu'un chemin optimal consiste en exactement \( a + b + c\) déplacements dont \( a \) déplacements parallèlement à l'axe des \( x \), \( b \) déplacements parallèlement à l'axe des \( y \) et \( c \) déplacements parallèlement à l'axe des \( z \). Le piéton est libre quant à l'ordre dans lequel il effectue ces déplacements.

Si on note 0 le fait de choisir un déplacement parallèlement à l'axe des \( x \), 1 celui de choisir un déplacement parallèlement à l'axe des \( y \), et enfin 2 celui de choisir un déplacement parallèlement à l'axe des \( z \), alors on peut étiqueter les différentes possibilités par des mots ternaires comportant \( a \) zéros, \( b \) uns et \( c \) deux, comme suit :


		   011122 011212 011221 012112 012121 012211 021112 021121 021211 022111 101122 ...                                                    ... 221110
		

Le nombre de possibilité est un coefficient trinômial, que l'on note :

\[ \binom{a+b+c}{a, b, c} \]

et dont on peut calculer la valeur comme suit :

\[ \bbox[white, border: 2px solid black]{ \binom{a+b+c}{a, b, c} = \frac{(a+b+c)!}{a!b!c!} } \]

On remarque immédiatement la ressemblance avec la formule du coefficient binômial !

Comment démontre-t-on cette formule ? Le raisonnement est le suivant :

\[ \binom{a+b+c}{a} \] \[ \binom{b+c}{b} \] \[ \binom{c}{c} \] \[ \binom{a+b+c}{a} \times \binom{b+c}{b} \times \binom{c}{c} \] \[ \binom{n}{k} = \frac{n!}{k! (n-k)!} \] \[ \frac{(a+b+c)!}{a! (b+c)!} \times \frac{(b+c)!}{b! c!} \times \frac{c!}{c! 0!} \] \[ \frac{(a+b+c)!}{a! b! c!} \]

Dans notre exemple :

\[ \binom{1+3+2}{1, 3, 2} = \frac{6!}{1! 3! 2!} = 60 \]

Généralisation aux coefficients multinômiaux

Maintenant, plaçons-nous en dimension \( n \). Il n'y a pas de difficulté à généraliser :

\[ \bbox[white, border: 2px solid black]{ \binom{a_1 + a_2 + \dots + a_n}{a_1, a_2, \dots, a_n} = \frac{(a_1 + a_2 + \dots + a_n)!}{a_1! a_2! \dots a_n!} } \]

Du coup, pour \( n = 2 \), le coefficient binômial peut aussi être noté comme suit :

\[ \binom{n}{k} = \binom{n}{k, n-k} \]

LR, 13/04/2021.